Pour bien parler : taisez-vous ! - Le Mot Juste - Ambre Blanes EI
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Pour bien parler : taisez-vous !

Pour bien parler : taisez-vous !

Les citations sur le sujet ne manquent pas : “La parole est d’argent, mais le silence est d’or” (Le Talmud), “Le silence est le plus haut degré de la sagesse” (Pindare). Lao-Tseu l’associe à une révélation, Jean Anouilh en fait de la musique et Honoré de Balzac y voit une forme de complétude. Mais qu’est-ce que le silence a de si précieux ?

S’il est redouté par tous les speakers puisqu’il est -à tort- associé à un blanc, un trou, le néant ou le vide (quel vertige !), le silence lui est pourtant très utile pour rythmer sa prise de parole. Lorsque personne ne parle, l’attention est alors portée sur un espace de non-dit, à proprement parler, sur lequel aucun des individus présents, ni le public, ni le speaker, n’a autorité : le silence. C’est de cet espace-ci que je souhaite vous parler dans cet article.

Pensez le silence comme :

  • Un espace de digestion
  • Un thermomètre émotionnel
  • Une didascalie
  • Un fil invisible

Le silence comme respiration

En premier lieu, il permet de “reprendre son souffle”, si toutefois vous l’avez perdu en chemin voire de reprendre ses esprits quelques secondes. Mais les silences ne sont pas que des transitions entre les paragraphes, ce sont aussi des espaces de digestion pour votre public. Vous exprimez une idée, une intention ou un contenu technique, puis vous laissez le message faire son bout de chemin dans l’esprit de vos auditeurs. Ce fameux “je pose ça là…”. Comme un humoriste laisse un petit blanc après une vanne : le temps que le public saisisse l’allusion et rit, il se tait avant d’enchaîner sur la vanne qui suit. Il est nécessaire de laisser le public digérer les informations. Cela fonctionne aussi avec l’émotion, un silence après une phrase qui inspire laisse planer l’émotion en question.

Le silence comme thermomètre émotionnel

Lorsque le silence se fait, écoutez ce que ce silence vous dit. Tentez de définir ce qui émerge alors de la salle. Vous pouvez volontairement mettre en place une attente, susciter une gêne, scénariser une ambiance pour servir votre texte, puis vérifiez si votre écoute du silence confirme vos attentes. Mais vous pouvez également prêter attention à ce que vous percevez du public comme indicateur de votre prise de parole et utiliser cette information pour vous guider… Par exemple : Ils somnolent, je vais tâcher d’être plus dynamique. Ils retiennent leur souffle, je parle peut-être trop vite. J’entends quelques gloussements, mon trait d’humour a fait mouche.

Le silence comme didascalie

Essence même du body language, le langage non parlé tient aussi sa place dans un temps silencieux. Pas seulement chez le speaker. Voyez plutôt. Vous terminez une phrase, cherchant l’approbation du public, vous interrogez du regard un spectateur en relevant légèrement le menton vers lui, comme si la question lui était posée directement, sans oublier l’eye contact. Vous observerez probablement des signes émis en retour, le plus probablement un acquiescement ou un sourire  mais d’autres peuvent vous gratifier d’un clin d’œil, d’un pouce en l’air.

Le silence comme fil invisible

Vous l’aurez compris, si les sons manquent, des informations circulent dans les deux sens. Le silence permet de maintenir l’engagement de votre public (le suspense). Vous lui laissez penser que cela pourrait bien être la fin de votre discours…avant de cueillir de nouveau son attention. Bien entendu, à la fin de votre performance, il est préférable de ne pas assouvir pleinement sa curiosité en le laissant légèrement sur sa faim. En somme, vos silences ne vous distancent pas de votre public, bien au contraire, ils vous y connectent autrement que par la parole.

Le silence, en tant qu’espace déserté par la parole ou par l’envie de remplir, est gage d’authenticité. A vous d’en faire votre allié ! De quelle façon allez-vous maintenant le considérer ?