La genèse du mot juste - Le Mot Juste
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La genèse du mot juste

La genèse du mot juste

CELA M’A PRIS DIX ANS POUR LE FORMULER MAIS EN DIX MINUTES, MON PROJET PROFESSIONNEL ÉTAIT CRÉÉ. CELA A TOUJOURS ÉTÉ EN MOI QUELQUE PART, IL SUFFISAIT DE TROUVER LE COURAGE DE SE LANCER !

J’ai toujours eu une sainte horreur de l’administratif, tout particulièrement quand j’estime que le papier est inutile, redondant, trop complexe ou bien lorsque je ne suis pas concernée par la démarche en cours. Quelle idée ai-je eu d’accepter en 2017 un poste dans une entreprise de courtage où tout, absolument tout, devait être imprimé, où le fonctionnement obsolète ne laissait paradoxalement pas la place aux interactions humaines et où même la lumière peinait à entrer par les fenêtres ? Cette entreprise heurtait mes valeurs profondes en tout point : l’humilité, le partage, l’écologie comme la valorisation, le mérite, l’apprentissage et l’ouverture d’esprit manquaient à l’appel. M’y sentant à l’étroit comme dans un mouchoir de poche, je rêvassais en observant les arbres par la fenêtre, sorte de retour brutal au cours de mathématiques de mon enfance. Quelle était la raison de ma présence ici, moi qui avais toujours rêvé de carrière et d’accomplissement et dont les longues années d’études semblaient promettre des matins excitants ? La sécurité financière ? Le dépit ? La peur du jugement de mes proches ? Le manque d’autres opportunités ? Les responsabilités ? Probablement un peu de tout ça…

Au retour d’un voyage à l’étranger, je pris pleinement conscience que la seule façon de me sortir de cette situation était précisément d’en sortir. You cannot heal where you got sick, dit-on (tu ne peux pas guérir là où tu es tombé malade), je devais donc quitter cet environnement gangréné. 48h furent suffisantes pour demander ma rupture conventionnelle. Une fois celle-ci validée, je pensais fuir vers une opportunité professionnelle au Royaume-Uni, peu fiable me dis-je avec le recul, mais il fallait bien commencer quelque part… Peut-être que cette sortie d’autoroute n’avait comme raison d’être que de me donner le courage de tout quitter, prouvant du fait de son existence que quelque chose d’autre était possible ailleurs. Le Mot Juste est né par une chaude après-midi d’octobre, d’un trop-plein d’agacement associé à un pic dans mon besoin vital et permanent de produire. Pour respirer, il me fallait inventer, travailler, penser, réfléchir et si personne ne pouvait m’offrir sur un plateau l’opportunité idéale, alors je la créerais sur-mesure et à mon image. D’autres que moi l’avaient fait auparavant, avec moins d’enthousiasme, avec d’autres compétences et souvent avec comme seul leitmotiv celui de se remplir les poches.

Dans mon petit bureau tapissé de moquette brune, je décidai qu’il était enfin temps de faire ce dont j’avais envie, ce que je savais faire de mieux et rien d’autre. Sur un post-it, j’ai spontanément noté quatre verbes : parler, écrire, raconter, rencontrer. En effet, ça me ressemblait. Soit, dans ce cas, je venais de trouver mes quatre accords toltèques. En dix minutes, le projet était clair : j’écrirai pour les autres, je parlerai pour les autres, je leur apprendrai à mettre des histoires en forme, je les amènerai à se rencontrer. Mes maîtres mots ? Créer, me challenger, transmettre. Mes différentes expériences professionnelles furent la source où puiser les éléments de mon brainstorming individuel, j’usai des caractéristiques de mon savoir-être pour sélectionner celles que je serai à même de maîtriser, sans oublier de faire intervenir mon humilité : lorsqu’une idée me stimulait, s’il me semblait ne pas être à la hauteur de la tâche ou incapable de me jeter corps et âme dans sa réalisation, alors je l’écartais. L’éventail de prestations se déroula sous mes yeux à la vitesse éclair, me rappelant toutes ces fois où une connaissance m’avait dit « tu devrais lancer ceci », « je te vois bien faire cela ». Parfait, je prenais une décision en conscience qui semblait faire sens avec ce que les autres percevaient de mon potentiel. J’ouvrai le formulaire en ligne pour déclarer mon auto-entreprise. Il ne manquait que le nom de ma structure. Je griffonnai quelques idées sur une feuille.

Quelles questions se posaient mes futurs clients à ce moment même ? « Comment dire ce que je pense ? », « comment faire passer un message ? ». Je murmurais leurs inquiétudes : « j’ai peur de prendre la parole », « le public m’intimide », «  si seulement j’avais les mots »… Les mots ! Voilà mon outil, mon matériau. Ce serait comme travailler avec un ami de longue date. Combien d’amis soulagés avais-je entendus dire « merci Ambre, tu sais toujours trouver les mots justes ».

Si ce n’était pas pour moi que je m’engouffrais dans cette voie, ce serait pour les autres. Il était temps d’être utile ! Et puis, n’était-ce pas l’enjeu du jour, faire preuve de justesse ? Les paroles d’un ami britannique que j’admirais pour son caractère entreprenant résonnèrent à mes oreilles : « The only way to know if your parachute will open is to jump and, you will soon soar with the Eagles » (la seule façon de savoir si ton parachute s’ouvrira est de sauter et bientôt, tu planeras avec les aigles). Je remplis le formulaire, souriant à la pensée que cela n’étonnerait pas ma famille que ce sur quoi j’avais toujours pinaillé devienne maintenant une activité rémunérée. Toutes ces cartes de voeux rédigées dans l’enfance, lieu d’un exercice de style autant que de transfert d’émotions et dont mon père corrigeait les fautes d’orthographe, faisaient sens. Je cliquai sur valider.

Le Mot Juste était né.

Aujourd’hui, le post-it est figé dans un cadre en plexiglas posé sur ma cheminée. J’y jette un coup d’oeil chaque fois que le découragement prend le dessus sur ma motivation. Je fais désormais consciencieusement mes tâches administratives et ma comptabilité, ne perdant pas de vue que si elle est à faire, elle demeure le signe que j’ai pris la bonne décision : faire le grand saut.

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